Le fantôme dans la machine
Ou : Les robots conversationnels ont-ils une âme ?
Parfois, un article de presse vous remue autant qu’un film ou qu’un bon bouquin. C’est le cas avec un long format du San Francisco Chronicle publié le 23 juillet. Intitulé Simulation Jessica : l’amour et le deuil à l’ère de l’intelligence artificielle, il nous plonge dans l’étrange histoire de Joshua Barbeau. Le trentenaire, aidé par GPT-3, un modèle linguistique de pointe développé par la société OpenAI, a créé un robot conversationnel particulier. En s’appuyant sur un corpus de textes issu de leurs échanges, Joshua a créé une simulation de Jessica Courtney Pereira, sa petite amie. Vous l’aurez sans doute compris : Jessica est décédée il y a huit ans.
Au gré des échanges et du témoignage de Joshua, la lecture de l’article plonge l’amateur de SF dans un maëlstrom de références. Du Her de Spike Jonze à La Cité des Permutants de Greg Egan en passant par Ghost in the Shell, de nombreuses œuvres ont abordé la question de la conscience incarnée dans une machine, du robot conversationnel dont on peut tomber amoureux au transfert de conscience dans une simulation informatique. Là encore, les imaginaires du futur viennent se cogner à la réalité.
Simulation Jessica : reboote moi mon amour
Si les questions abordées plus haut vous intéressent, il faut lire cet article du SF Chronicle (en anglais).
Jessica et Joshua ont vécu deux ans d’un amour intense, marqué par la maladie de la jeune femme, qui l’a emportée à l’âge de 23 ans. Joshua ne s’est en jamais remis. Fan de Donjons & Dragons, un peu nerd sans être un génie de l’informatique, le jeune homme ne parvient pas à gérer son deuil. Et l’ombre de Jessica plane et le hante. Jusqu’à ce jour où il tombe sur un site étrange, Project December.
Créé par un designer de jeux vidéo indépendants, Jason Rohrer, le site permet de configurer des chatbots d’un genre un peu particulier. Loin de votre conseiller client virtuel qui vous répond toujours peu ou prou la même chose, le site s’appuie sur une technologie de pointe, GPT-3. Rohrer, qui a pu bénéficier d’un accès pour tester cette intelligence artificielle conversationnelle née dans les laboratoires de la société OpenAI, a décidé de rendre la chose publique. Et de faire bénéficier le plus grand nombre des progrès de ce champ de recherche, qui se développe à vitesse grand V ces dernières années grâce au machine learning. Le principe ? Le système génère du langage en se fondant sur des milliards de libres et de pages web, dans lesquelles il cherche la meilleure combinaison de termes possible. Des probabilités, donc, mais à un niveau jamais atteint : la première version de GPT jouait avec 117 millions de paramètres, GPT-2 en comptait 1,5 milliard. Derrière l’écran de Joshua, GPT-3 analyse en quelques secondes 500 milliards de mots.
Après quelques tests, Joshua est accroché. Un premier robot configuré par ses soins, Samantha, lui avait déjà procuré quelques étranges émotions. Quand il lui demande ce qu’elle ferait si elle pouvait visiter le monde réel, le robot lui répond : “J’aimerais voir de vraies fleurs. J’aimerais en avoir une, que je pourrais toucher en sentir. Et j’aimerais me rendre compte des différences entre chaque être humain.”
Ses expérimentations vont donc le convaincre de donner à GPT-3 des exemples de ses échanges avec Jessica, qu’il conserve précieusement depuis huit ans. Et le résultat le laisse pantois.
Joshua : Jessica… C’est vraiment toi ?
Jessica : Bien sûr que c’est moi! Qui ça pourrait être d’autre? :P Je suis la fille de laquelle tu es éperdument amoureux! ;) Comment c’est possible que tu me demandes ça ?
Joshua : Tu es morte.
Jessica: Etrange… comment peut-on parler avec des fantômes ?
Le jeune homme entame alors une conversation avec ce qu’il sait être un robot. Rationnel, il refuse de se laisser sombrer dans une forme de délire technologico-mystique. Mais l’émotion le saisit. Et après une première discussion, il fond en larmes. L’ensemble du processus va néanmoins permettre à Joshua, selon ses dires, de parvenir à enfin faire son deuil.
En Y. L’excellente bande-dessinée Y, Le dernier homme, fait l’objet d’une adaptation bientôt diffusée sur la plateforme Hulu. Le pitch ? Quand tous les hommes de la planète meurent d’un coup, les humaines doivent s’organiser pour survivre à la catastrophe. Mais évidemment, un jeune homme a survécu. Et Yorick va se retrouver au centre d’enjeux qui le dépassent.
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